Voir Berlin autrement avec querstadtein

Laurie, Uwe et Mareike

Vous connaissez querstadtein ? C’est une organisation qui propose aux Berlinois des visites guidées par d’anciens sans-abri.*

Laurie, une jeune traductrice française vivant depuis 4 ans à Berlin, a participé avec des amis à la balade avec Uwe Tobias.

 

* Depuis peu, querstadtein organise aussi des visites guidées par des réfugiés.

 

Comment as-tu appris l’existence de ces visites?

En me baladant sur facebook.. Intéressée par la thématique « Découvrir Berlin autrement » et par la cause des sans-abri, j’avais « liké » la page de cette asso il y a quelques temps déjà puis me suis décidée à prendre des places sur leur site.

Uwe vous a-t-il raconté comment il a perdu son logement ? 

Oui, il nous a brièvement décrit son enfance et son adolescence sous le strict régime de la République Démocratique Allemande et comment il s’est retrouvé à vivre dehors, peu après la chute du Mur et la réunification des deux Allemagnes.

Quelles étapes ont ponctué votre parcours ?

Nous sommes partis de la gare centrale et nous sommes arrêtés au pont Sandkrugbrücke, sur le campus de la Charité, sur les rives de la Spree (Schiffbauerdamm), sur l’île aux Musées devant le Altes Museum puis à Alexander Platz, du côté de la « fontaine de Neptune ».

Le tour s’appelle „Dormir dehors est un art“. En quoi Uwe est-il devenu un artiste ?

Vivre dehors est pour moi l’incarnation par excellence du « système D ». Tu es seul au cœur d’une jungle citadine, tu ne peux compter sur personne. Les dangers sont nombreux : le froid, la maladie, les addictions, sans parler des « ennemis » omniprésents : police, néonazis, imbéciles en tout genre, autres SDF. Si tu n’es pas débrouillard et fort psychologiquement, tu as peu de chance de survivre. Uwe, lui, a vécu 7 ans dans la rue : c’est indéniablement un artiste !

Parmi les anecdotes racontées par Uwe, laquelle t’a particulièrement touchée ?

Uwe nous a montré son «frigo» de l’époque: un simple filet qu’il fixait sur la rive et jetait dans le fleuve, pour garder ses cannettes au frais.

Engelbecken

Et aussi son « lit-baignoire » : il a passé de nombreuses nuits dans l’une de ces massives baignoires de marbre trônant au pied du Vieux Musée.

Est-ce que tu sais comment Uwe a réussi à s’en sortir ?

Je crois que la solidarité régnant au sein de sa petite bande de copains (dont il est le seul survivant) a joué un grand rôle durant cette période. Il a cité divers endroits où on lui a régulièrement servi à manger et donné du matériel pour dormir. Sans son fort caractère et son entourage, dont une amie qui l’a motivé et aidé à se réinsérer dans la société, il ne s’en serait sans doute pas sorti.

Est-ce que cette balade était une expérience enrichissante pour toi ? Pour quelles raisons ?

Oui, j’ai appris pas mal de choses : sur le plan historique, social et humain. D’une manière générale, je trouve passionnant d’échanger avec des personnes dont le milieu, le parcours, la vision des choses sont différents des tiens. On a toujours à apprendre.

Est-ce que ton regard sur les SDF a changé ?

Non, je ne crois pas. Le récit d’Uwe a plutôt confirmé la réflexion que j’ai nourrie au fil des années. De toute manière, je ne comprends pas qu’on puisse mépriser une personne au seul motif qu’elle vit dehors. Dans la rue comme à l’abri, il y a des imbéciles et des gens super. En revanche, je trouve révoltant qu’on expulse chaque jour plus de 25 personnes dans la capitale et qu’on les jette ainsi dans la précarité alors que de nombreux bâtiments restent inoccupés. Les termes « social » et « solidarité » ont bien perdu de leur sens…

Pourquoi est-ce que tu conseilles d’y participer ?

Cette visite d’un autre type offre une perspective nouvelle sur la ville et ses habitants, avec et sans abri. Idéal pour se cultiver, s’ouvrir aux autres, découvrir des coins sympas et améliorer ses connaissances du dialecte berlinois.

Réservez votre balade sur le site web de Querstadtein ▶︎

 

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